Brossette fête ses 170 ans

Écrit par Maris-José-Nicol, rédac-chef on 21 septembre 2011. Posted in Fabricants

Pour ses 170 ans, Brossette comptait bien marquer les esprits. Objectif réussi ! Du jamais vu dans la profession de grossistes sanitaire-chauffage : une croisière qui embarque plus de 3 000 clients installateurs vers les rives d’un Cythère professionnel. Au cours d’un périple allant de Venise à Istanbul, les installateurs, plombiers et autres arti­sans clients de Brossette purent dé­couvrir les 13 partenaires fournisseurs et échanger avec eux. Tout dans cette manifestation fut grandiose y compris le dîner de gala réunissant 6 000 personnes.

Dans le bain de la croisière

Grand banquetDu 21 au 27 au mai derniers, Brossette tint la une de l’actualité du métier de grossiste chauffage sanitaire. En réunissant à bord d’une croisière (en deux vagues) plus de 3 000 clients : installateurs, chauffagistes, plombiers et autres artisans et leurs épouses, le grossiste lyonnais donnait à son 170e anniversaire un lustre rarement égalé dans la profession. Le point d’orgue de cette manifestation fut un dîner somptueux, digne des récits des mille et une nuits, dans la cour du Fort Yedikule : plus de 6 000 personnes, toutes habillées de blanc, fêtaient comme il se doit l’événement. Signalons la prouesse technique de servir un dîner chaud et de bonne qualité à autant de monde ! Il s’agissait également de fêter le Brossette nouveau.

descudetThierry Leroy, Directeur généralLe Brossette nouveau est arrivé…

En effet, comme le soulignent les témoignages des artisans que nous avons réalisés (voir encadré) autant avant 2008, l’entreprise enregistrait un sérieux laisser-aller, entraînant la désaffection de ses clients, autant aujourd’hui tout va bien et ils sont contents. La clé de ce succès : retrouver un taux de service satisfaisant. En effet, à quoi sert un grossiste qui serait en permanence en rupture de stock ? « La crise avait conduit Brossette à se replier sur lui-même », explique, lucide, Thierry Descudet, Directeur commercial. C’est alors que le groupe Wolseley, comprenant le danger décida d’un changement de cap radical. Une nouvelle direction se mit en place et de nouvelles orientations furent décidées. Il était temps, le CA s’affaissait de près de 8 % (en 2007 et 2008) et - 10 % en 2009. L’entreprise se vit contrainte de pratiquer 2 plans sociaux pour ajuster ses charges à la baisse de recette. Rappelons à la décharge de Brossette, qu’elle ne faisait que suivre (en moins pire) la tendance du marché puisque c’est l’ensemble de la salle de bains qui prenait l’eau avec des chiffres catastrophiques (entre - 15 et - 17 %).
« Fin 2009, nous avons pris la décision de réinvestir dans nos stocks, se félicite Thierry Leroy, Directeur général. De plus, nous avons créé deux plates-formes supplémentaires : l’une à Lyon, fin 2008, l’autre à Metz pour la région Metz-Nancy, début 2009 ». Le résultat de cette politique ne se fit pas attendre : dès 2010, avec un CA de 730 millions d’euros, alors que la salle de bains n’enregistrait qu’un petit 2,4 %, Brossette avec environ 3,5 % (estimé) fit mieux paquebotque la progression du marché. A noter que nos interlocuteurs ne souhaitent pas révéler les chiffres exacts, même s’ils nous avouent tout de même que le sanitaire est plus dynamique que le chauffage. « Notre progression est variable selon les secteurs géographiques, nous livre Thierry Descudet. Par exemple, l’Ile-de-France est toujours plus performante que la province. Certes, la reprise du marché immobilier est réelle, mais n’oublions pas que le sanitaire fait partie du second œuvre. Il est donc logique que la reprise y soit plus tardive ». A priori, l’année 2011 (exercice clos au 31 juillet) s’avère un peu moins bon que 2010 avec une légère baisse de CA de l’ordre de 1,3 % puisque le CA estimé serait de l’ordre de 720 millions d’euros. Néanmoins Brossette reste un acteur de poids et compte bien le rester : « Actuellement, nous représentons environ 10 à 11 % de part de marché », se félicite Thierry Descudet. La firme se positionne sur la deuxième marche du podium du métier des grossistes sanitaires, derrière Cédéo.


bordeauxIl était une fois…

La saga commence en 1811, lorsque Claude Brossette, commis voyageur, fit baptiser sa première progéniture Jean-Claude. Au printemps 1812, il s’éteint et sa femme décide d’utiliser le deuxième prénom de l’enfant qui s’appellera désormais Claude comme son père. Claude est entrepreneur dans l’âme. Il réunit toutes ses économies et ouvre, le 17 mars 1841 un commerce de fers ouvrés à Lyon qu’il baptise tout simplement, « La Maison Brossette ». L’entreprise prospère et se met à fabriquer des tuyaux et laminés en plomb, des pompes et autres tubes, fers et métaux en tout genre. A la mort de Claude, l’entreprise sanitairesprend le nom de « Veuve Brossette et Cie ». Son fils François n’a que 16 ans. Mais courageusement, il retrousse ses manches et se met au travail. Le jeune garçon a hérité de la fibre d’entrepreneur de son père et fourmille d’idées. Il veut développer la vente aux artisans : ferblantiers, chaudronniers, plombiers, couvreurs, zingueurs, etc. Pour cela, il faut être proche de ses clients. Donc, la solution s’impose : s’implanter là où ils travaillent. C’est ainsi que naît l’idée des succursales. La première sera localisée sur le vieux port à Marseille en 1877. En 1906, la maison Brossette devient officiellement la Société « Brossette et fils ».  Au cours du début du XXe siècle, elle saura résister aux sirènes des capitaux étrangers et gardera son statut d’entreprise familiale.
1914, la guerre éclate. François meurt en 1915 et Pierre, son fils, lui succède. En 1922, il s’associe avec son neveu, Alfred Feuga. La période d’entre deux guerres, sous l’influence de la nécessité de la reconstruction, fut pour Brossette une période d’expansion économique, malgré l’arrivée de la concurrence. Pierre meurt en 1922 et c’est donc Alfred Feuga qui conduira le développement de l’entreprise. C’est ainsi que Brossette, suivant les conquêtes de la France, s’établira en Afrique du Nord.Des diversifications, pas toujours réussies, sont tentées. En 1935, Brossette se lance dans le sanitaire, sans doute était-ce trop tôt, le marché n’étant pas encore assez développé. C’est un échec, mais l’idée s’imposera de nouveau, avec succès en 1946.
bourgesA noter, que bien avant les lois sociales de 1936, Brossette a déjà instauré la « Prime aux familles » et les congés annuels. La Seconde Guerre mondiale marquera un coup d’arrêt dans l’expansion. Cependant, comme aucune succursale n’a fermé, l’entreprise se retrouve en excellente position pour bénéficier du boom de l’après-guerre. Une autre époque se profile, il lui faut des hommes nouveaux. Le 30 mai 1945,  Alfred Feuga cède la Présidence à François Brossette (petit-fils du précédent). A la mort de François Brossette, en 1964, la société est en plein essor. Elle compte 22 succursales en France, 6 en Afrique du Nord et 26 en Afrique Noire. Hélas, la crise du pétrole arrive à grands pas et les années 70 sont noires. Il faut restructurer et trouver de nouveaux débouchés. Cap donc sur le sanitaire, d’abord avec Villeroy et Boch, puis avec Allia. Brossette renoue avec le succès et lance sa propre marque BF. Puis, vint le chauffage, qui dans les années 80 supplanta le sanitaire. Les années 80 virent la fin de l’aventure africaine qui ne survit pas à l’instabilité politique née de la décolonisation. En 1981, Pierre Brossette, arrière arrière-petit-fils du fondateur développe l’entreprise qui en 1991 compte 180 succursales pour la branche sanitaire-chauffage. Deux autres activités viennent équilibrer le groupe : les fournitures industrielles (Orefi) et la chimie (Orchidis). En 1992, Pierre Brossette, inquiet face aux enjeux européens décide de pé­renniser l’entreprise et de la vendre à la société anglaise Wolseley. Le groupe devient ainsi leader mondial de son activité. Happy end… ou presque car, nous le verrons, l’histoire n’est qu’un éternel recommencement.

rempartsSur les flots de l’avenir

Actuellement, l’activité de Brossette s’axe autour d’une enseigne principale, Brossette bâtiment (sanitaire, chauffage et Canalisations) et de 4 en­seignes de spécialités : Brossette TC (canalisations)- Ditac (pièces détachées) – CDL (matériel électrique) et le Pôle confortique (chauffage et climatisation).
C’est l’enseigne principale Brossette, multi-spécialiste, qui nous occupe aujourd’hui. Elle compte au total 110 salles d’expo et Thierry Leroy nous révèle qu’une vingtaine sont rénovées tous les ans. « Le travail qui nous incombe en tant que grossiste est immense », complète Thierry Descudet. Car le métier, sous l’influence du grand public, change. Désormais, le consommateur souhaite acheter sa salle de bains : « savon en main ». Bien évidemment, pas question pour le grossiste de vendre en direct, mais il se doit d’accompagner ses clients artisans dans leur démarche consumériste. « Le grossiste est le trait d’union entre l’artisan et le consommateur. Il doit faire rêver le consommateur pour que son client artisan puisse concrétiser son marché ».
Mais, d’une part la concurrence est rude et, d’autre part, il faut que l’artisan appren­ne un nouveau métier. « Nos catalogues doivent être conçus comme des aides à la vente pour l’artisan. Ils constituent pour nos clients des outils indispensables », analyse Thierry Descudet. Pour la deuxième année consécutive, les catalogues ne sont plus de simples nomenclatures techniques, mais intègrent des mises en ambiance. En fin de compte, heureusement que la salle de bains a pris l’eau, cela a rendu ses acteurs plus dynamiques !
« Désormais, nous renouvellerons nos gammes tous les deux ans », complète le Directeur commercial. N’oublions pas non plus l’arrivée de la RT 2012, qui en chauffage et en isolation, obligent également à des remises en cause. Mais, il faut bien l’avouer, les salles de bains des salles d’expos des grossistes sanitaires ne faisaient que rarement rêver le consommateur. Comment réintroduire du fun dans cet univers technique ? Brossette mise sur les outils du futur avec le commerce ubiquitaire et les bornes interactives : « Dès 2012, le consommateur pourra repartir de nos salles d’expo avec le plan de sa salle de bains en 3D qui intégrera la porcelaine, les meubles et le carrelage », nous révèlent nos interlocuteurs. Un vrai scoop ! Nul doute que se faisant, Brossette prend de l’avance sur ses concurrents. D’autant que les hôtesses des salles d’expo vont recevoir des formations spécifiques sur la déco. De son côté, l’artisan va devoir également réviser sa copie et se former à la gestion de l’assortiment produit.

ambianceToujours droit devant… 

Hélas, les financiers sont impitoyables. Brossette paye ses trois ans de mauvais résultats. Malgré ses belles perspectives, le groupe Wolseley a décidé de mettre en vente Brossette depuis le mois de mars dernier. Bien évidemment, la version est différente : « Le groupe souhaite manager ses portefeuilles pour une meilleure rentabilité ». Brossette, une histoire à suivre…

Marie-José Nicol