Enquête du Crédoc

Écrit par Administrateur on 12 janvier 2012. Posted in Horizon

La dernière enquête du Crédoc montre que les consommateurs sont très sensibles au pays de fabrication des produits industriels. Ils sont prêts à payer plus cher des produits fabriqués en France, non seulement pour la qualité du savoir-faire national, mais aussi parce qu’ils pensent ainsi contribuer à défendre les emplois de leur pays. Soucieux des performances françaises en termes d’innovation, ils plaident pour une augmentation des crédits alloués à la recherche.

Fort engagement pour le «made in France»

Buste de Marianne sur fond tricolore

Près de deux Français sur trois (64 %) se déclarent, en 2010, prêts à payer plus cher des produits industriels fabriqués en France plutôt qu’hors d’Europe. Cinq ans auparavant, moins d’un sur deux  (44 %) était disposé à payer ce supplément. Dans un contexte de fortes contraintes sur le pouvoir d’achat, à un moment où beaucoup de nos concitoyens s’imposent régulièrement des restrictions sur leur budget, cette tendance est révélatrice d’un changement profond d’attitude. En six ans, la majorité a basculé dans toutes les catégories sociales. Quel que soit le revenu, quel que soit l’âge, plus d’une personne sur deux consentirait à un effort financier. Même les personnes dont les revenus mensuels sont inférieurs à 900 euros par mois se disent majoritairement prêtes à payer plus cher. La proportion atteint ou dépasse 70 % chez les plus de 60 ans, les cadres, les professions intellectuelles supérieures, les diplômés du supérieur et les hauts revenus. L’enquête du Crédoc révèle que ce regain d’intérêt pour le « made in France » témoigne d’une confiance croissante dans la qualité des produits industriels fabriqués en France. En 2010, 52 % de la population estimaient en effet que ces produits étaient de meilleure qualité que ceux fabriqués hors d’Europe (11 points de plus qu’en 2005 et 19 qu’en 1997).

Tableau 1

Les consommateurs en quête de sens

La qualité n’est probablement pas le seul motif qui conduit nos concitoyens à rechercher plus attentivement les produits industriels français; ce n’est pas non plus la seule raison qui les invite à faire un effort financier. En effet, 51 % des personnes considérant que la qualité des produits fabriqués en France est équivalente à celle des produits fabriqués hors d’Europe et 53 % de celles qui la jugent moins bonne sont également prêtes à payer plus cher pour des produits d’origine française. D’autres éléments entrent donc en ligne de compte : la solidarité, l’engagement citoyen et les préoccupations pour l’environnement jouent ici un rôle non négligeable. L’enquête « Conditions de vie et aspirations » du Crédoc indique une progression ces dernières années de la sensibilité à l’environnement. Début 2011, 37 % de la population sont disposés à payer plus de taxes qui seraient directement affectées à la protection de l’environnement, contre  25 % seulement en 2008. La préférence pour les produits français pourrait ainsi refléter le souhait de limiter les coûts de transports, les dépenses d’énergie et les émissions de gaz à effet de serre. On peut également penser que, dans un climat de méfiance croissante vis-à-vis de la mondialisation, notamment en raison des craintes qu’inspirent les délocalisations, une partie des consommateurs souhaite témoigner de leur soutien envers les salariés et les entreprises les plus exposées à la crise. Leur acte d’achat prend une dimension éthique. En consommant des produits fabriqués sur le territoire, ils contribuent à soutenir l’emploi. Rappelons que le chômage est aujourd’hui le principal sujet de préoccupation de la population : l’enquête du Crédoc menée au début de l’année 2011 sur les « Conditions de vie et les aspirations » révèle que 70 % de nos concitoyens se disent inquiets, pour eux-mêmes ou pour leurs proches, du risque de chômage.

tableau 2

Les Français déplorent le déclin de l’industrie

L’INSEE rappelle qu’en 2009, au plus fort de la crise, 170 000 emplois ont été détruits dans l’industrie en France. Le choc a été d’autant plus violent qu’il s’est produit à la suite d’une longue période de baisse des emplois industriels : au cours des trente dernières années, le secteur a perdu 36 % de ses effectifs. De fait, 73 % de la population jugent que l’industrie française est en déclin. Ce sentiment est profondément ancré dans l’opinion, dans toutes les catégories sociales et dans toutes les tranches d’âge. Or, huit personnes sur dix restent persuadées que le développement économique de la France ne peut pas se passer d’un secteur industriel fort. Le constat du déclin est donc à la fois empreint d’amertume et vecteur d’inquiétudes par rapport à l’avenir. Les perspectives ne sont pas vraiment encourageantes : même si une majorité de la population considère que l’industrie française est plutôt innovante, 40 % considèrent qu’elle ne l’est pas. La Chine est considérée comme le pays dans lequel l’industrie est la plus innovante, suivie par le Japon, l’Allemagne et les Etats-Unis. Dans ce contexte de déclin de l’emploi industriel, la population considère que le rôle des pouvoirs publics consiste en priorité à aider les entreprises industrielles les plus en difficulté (48 % partagent ce point de vue), plutôt que de répartir les efforts sur tous les secteurs (31 %) ou investir principalement dans les industries à la pointe de l’innovation (20 %). Ces résultats indiquent que nos concitoyens sont davantage préoccupés par la question de l’emploi que par le rang qu’occupe la France dans le monde en termes d’innovation. Dans le même ordre d’idées, neuf personnes sur dix considèrent que les pouvoirs publics devraient soutenir le développement des petites entreprises plutôt que celui des grandes. Ces priorités ne sont pas partagées uniformément par les différentes catégories sociales. Le niveau de vie, principalement, influe sur le choix des actions à mener en priorité. Les plus diplômés, comme les plus aisés, ont un avis moins tranché et se répartissent équitablement entre les trois actions suggérées. Les moins diplômés, les moins aisés et les jeunes accordent une part bien plus importante au soutien des secteurs en difficulté. Favorable à une intervention de l’Etat et pessimiste sur les performances françaises en matière d’innovation, la majorité des Français (59 %) plaide en faveur d’une augmentation de la part du budget alloué à la recherche dans le secteur industriel. Ce résultat témoigne de la volonté de maintenir une industrie compétitive en France. L’enquête montre que les personnes plus pessimistes sur l’industrie française sont les plus favorables à une augmentation de ce budget. Il s’agit des personnes les plus âgées, les plus diplômées et celles dont le niveau de vie est le plus élevé.