L'édito de Sept./Octobre 2012

Écrit par Maris-José-Nicol, rédac-chef on 3 octobre 2012. Posted in Edito

mjnSuperman et Eco-Mobilier

La planète Krypton est sur le point d’exploser. Jor-El, grand scientifique, ne peut cependant convaincre personne de ce drame imminent. Il décide de sauver son fils unique, Kal-El, en le plaçant dans une sonde spatiale afin qu’il puisse quitter la planète avant sa fin.

Kal-El arrive sur la planète Terre, où il se fait recueillir aux États-Unis par un vieux couple, les Kent, qui l’élèvent et le rebaptisent Clark. Alors qu’il grandit, Clark découvre que, du fait de sa nature extraterrestre, il possède des pouvoirs surhumains. Il décide alors de combattre le mal et le danger sous toutes leurs formes, en tant que Superman, « l’Homme d’acier ». Mais, il lui faut une couverture. Pour cela, il se fait engager comme journaliste au Daily Planet. Il y rencontre Lois, une autre journaliste dont il tombe amoureux. Durant des années, tout va bien : Superman, sauveur de l’humanité est populaire. Puis, petit à petit, sa côte de popularité baisse. D’autres Super-Héros ont envahi la ville. Plus violents, ils se font craindre de la population, mais sont adorés des jeunes qui les trouvent plus tendances que Superman qu’ils jugent démodé. Mais en fait, ces super-héros ne font pas que le bien. Sous prétexte de débarrasser les habitants de leurs vieux meubles, ils créent des décharges disgracieuses qui défigures le paysage et sont en fait anti-écologiques puisque les produits ne sont ni traités, ni recyclés. Clark décide d’enquêter, mais il a besoin des pouvoirs de Superman. Lois et Clark se retrouvent pour échanger leurs informations.

- Ce papier sera sans doute le plus explosif de toute l’histoire de la ville. Si nous réussissons à démontrer qu’il existe une autre solution pour le traitement des déchets du meuble, la bande de faux Super-Héros qui infeste la ville sera discréditée, analyse en préambule Lois. Sais-tu que près de 2 millions de tonnes de déchets de meubles sont mises en déchèterie tous les ans : seuls 23 % sont recyclés, mais la grande majorité est enfouie (55 %), ce qui représente l’un des plus grands scandales de cette ville. Il faut trouver des solutions. A l’heure de l’écologie citoyenne, le meuble ne peut plus être le mauvais élève de la classe.
- Grâce à la Kryptonite (qui lui permet de voyager à la vitesse de la lumière), Superman est allé voir dans d’autres univers ce qui se passait, confie Clark.
- Alors raconte, ne nous fais pas languir, supplie Lois.
- Voilà, dans d’autres mondes, ils récupèrent et recyclent les déchets. La filière de recyclage de l’électroménager est particulièrement en avance : Rien que pour cette année, ils ont récupérés 8 000 tonnes de produits.
- Oui mais ils semble que chez les cuisinistes, ils marquent le pas, s’inquiète Lois dont les parents sont cuisinistes.
- C’est vrai, mais ils espèrent beaucoup de la collaboration qu’ils ont mise au point avec les syndicats professionnels.
- Nous souffrons (et ce phénomène ira sans doute en s’aggravant), de pénurie de matières premières. Le recyclage est-il une solution dans le meuble ?
- Ou, tout à fait. Superman m’a confié que dans les autres mondes, ils sont en train de travailler sur des solutions qu’ils appellent boucle fermée.
- De quoi s’agit-il ? s’enquiert Lois, toujours à l’affût d’une info.
- Tout simplement de réintégrer des matières premières  recyclées provenant de vieux meubles dans des produits neufs.
- J’ai également entendu parler d’éco-conception, de quoi s’agit-il ?
- Les produits sont plus simples à recycler s’ils ont été éco-conçus. Il faut donc intégrer dès la conception du produit les problématiques de recyclage, explique Clark.
- Voilà ce qu’il faut que nous fassions, s’enthousiasme Lois.
- Nous allons encore une fois avoir besoin de l’aide de Superman pour créer une filière de ce type.

Quelques jours après, ils se retrouvent. Clark livre son rapport.

- Superman m’a exposé les difficultés de l’entreprise. Sais-tu qu’une telle filière va coûter environ 350 millions d’euros (c’est ce que dépense aujourd’hui les déchetteries). Au total, cela représente 26 kilos de meubles par habitants, soit 100 Kilos par famille !
-J ’ai lu que les 115 millions d’unités de meubles de cuisines mis sur le marché (chiffres 2007) représentent 9% du total des déchets de meuble, se désole Lois. Comment faire ?
- Tout d’abord, il faut créer une filière. Superman se charge de toutes les démarches administratives.
- Mais combien est-ce que cela coûtera ? Dans la ville, les producteurs de meuble ont déjà fragilisés par la crise, s’enquiert Lois.
- N’exagère rien, dans la cuisine, la croissance se maintient. Mais, nul doute que le coût de la filière soit une préoccupation pour nos fabricants de cuisines.
- Sur un marché de 9,7 milliards d’euros, cela représente une éco-participation de 3,5 %, ce n’est pas rien. Mais, ces chiffres sont à moduler en fonction des volumes et du poids. Par ailleurs, Superman a obtenu des pouvoirs publics une « visible fee », livre Clark.
- De quoi s’agit-il ?
- L’éco-participation s’appliquera à l’identique tout au long de la chaîne de distribution, ne fera l’objet d’aucune marge et sera clairement affichée.
- Ainsi l’éco-participation sera, à la finale, payée par le consommateur.
- Oui, c’est important car sans visible fee, en pratique cela revient à faire payer principalement les producteurs. En revanche ceux-ci doivent obligatoirement s’inscrire sur le site d’Eco-Mobilier pour être prêts lors du lancement opérationnel de la récupération.
- Mais comment Superman a-t-il fait ? Je croyais que les pouvoirs publics ne voulaient rien entendre.
- Il leur a fait valoir qu’il existait un parc ancien à récupérer et qu’il était hors de question que les fabricants d’aujourd’hui payent pour les metteurs en marché d’hier.
- Il est vraiment fantastique ce Superman, soupire Lois. En pratique comment va s’effectuer la récupération ? questionne Lois inquiète, pour ses parents : elle n’imagine pas où ils pourraient entreposer les produits repris.
- Rassure-toi, ce n’est pas comme dans l’électrodomestique, la collecte ne sera pas en magasin (sauf pour les volontaires), mais en déchèterie où des bennes spécifiques, permettant le retraitement, seront installées.
- Quels vont être les objectifs de la filière ? S’enquiert Lois, journaliste jusqu’au bout des ongles.
- La priorité va être mise sur la valorisation (transformation des produits en autre chose : énergie dans le cas de l’incinération, autres matières premières dans le cas du retraitement). Très rapidement, 80 % des produits devront être valorisés, seuls 20 % resteront en décharge. A l’horizon 2015, 45 % des déchets devront être recyclés (soit environ le double de ce qui se pratique actuellement), conclut Clark.
- Bon alors au boulot et d’abord, il nous faut convaincre, via le journal, tous les producteurs de s’identifier et de s’inscrire. Haut les cœurs, conclut Lois.