3e Colloque Eco-conception

Écrit par Administrateur on 22 mai 2014. Posted in A la découverte

Une révolution en marche

Le 17 avril dernier se tenait la troisième édition du colloque sur l’éco-conception à Saint-Etienne où 240 participants dont 80 % du monde de l’entreprise s’étaient donc réunis à la cité du design. L’occasion de faire le point sur les avantages que peut apporter ce mode de production encore  trop souvent marqué du sceau de l’anti-productivité en raison de son coût et de son manque de compétitivité. Un cliché que le colloque a fait voler en éclats.

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«Nous sommes dans un train en marche, nous ne pouvons pas faire machine ar­rière compte tenu des impératifs environnementaux qui nous attendent, mais il faut reconnaître que ce train est loin d’avoir atteint sa vitesse de croisière », constate Nordine Boudjelida, Directeur régional de l’Ade­me Rhône-Alpes. Et d’analyser : « Nous vi­­vons une révolution dans la production, à la mesure de nos révolutions industrielles précédentes, il faut donc du temps ». L’éco-conception est donc bel et bien en marche. En lieu et place de l’extraction de matières premières, nécessaire au processus de production, il s’agit tout simplement d’avoir recours au recyclage de matière ou composant déjà utilisé, en les re­cyclant, et en les réutilisant dans un processus productif. Ainsi l’éco-concep­tion possède un impact social et économique sur l’environnement.  Elle repose donc sur une économie circulaire. Tous les secteurs de production sont concernés. Au départ, il faut ré­cupérer des appareils ou autres objets usagers, afin de les recycler. C’est ce qui permettra de ne plus avoir systématiquement recours à l’extraction de matières premières. Depuis 2005, Eco-systèmes, un organisme créé par 35 entrepreneurs et distributeurs a la charge de collecter, dépolluer et recycler des appareils en fin de vie afin de réutiliser leurs composants en vue de leur redonner vie dans un autre appareil. Des urnes sont disposées un peu partout en France chez les re­vendeurs d’électroménagers, vidéo ou hi-fi entre autres. Mais attention, bien avant la collecte d’objets usagers, il existe un autre principe. Des entreprises ont fait le pari de l’éco-conception dans leur procédé de fabrication. Urinoir, jardinière, pièces industrielles, mannequins d’exposition, appareils de production de molécules, jouets étaient exposés au cours de ce collo­que stéphanois. Preuve que tout type d’objets peut être éco-conçues. Et d’ailleurs les entreprises s’y mettent !

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Julie Jacquenet,
Directrice adjointe de l’entreprise Jacquenet Malin.


L’éco-conception : une source d’innovation

Créée en 1912, l’entreprise familiale Jacquelet Malin, spécialisée dans la conception de manches de bêches s’est lancée naturellement dans l’éco-conception. Aujourd’hui elle fabrique des jardinières à base de bois tourné, qui originellement était destiné aux outils de jardins. « Pour nous il n’y a rien de neuf ni de nouveau, nous collons simplement à ce que nous faisions déjà depuis toujours. Nous récupérions les eaux de pluie, brûlions les chutes de bois pour nous chauffer, donc pour concevoir ces jardinières nous utilisons du bois qui vient des forêts environnantes », explique Julie Jacquenet, Directrice adjointe de l’entreprise. Grâce à ce procédé, cette en­treprise a donc pu innover, et se diver­sifier sans développer des moyens financiers conséquents que requiert bien souvent la création de nouveaux produits. Même si les clichés sur ce mode de production demeurent, le Grenelle de l’environnement a permis de faire de grandes avancées sur la prise de conscience des entrepreneurs à laisser tomber la production l’économie dite linéaire, c’est-à-dire du recours aux  matières premières jusqu’à la fin de vie d’un objet, destiné à nourrir les tonnes de déchets. Autre exemple : la fabrication de mannequin de vitrine. L’entreprise Window mannequin basée à Carros dans les Alpes Maritimes a également fait le pari de l’éco-concep­­tion. « Nos clients étaient assez sensibles à l’environnement, tout autant que nous d’ailleurs », explique Nicolas Cacciopo, le directeur commercial. Il y a un an, Window décide de lancer une nouvelle gamme de produits en réduisant la part de fibre de verre et de résine, deux matières non re­nouvelables, dans le processus de conception. Aujourd’hui les mannequins utilisés par Christian Dior, H&M, Mark &Spencer sont conçus à partir d’une matière à base de 40 % de maïs. « Au départ, il faut juste un peu de volonté », conclut le directeur commercial.

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Christian Brodhag,
Président du Pôle Eco-conception
et management du cycle de vie.


Quel coût ?

« Trop souvent nous entendons les chefs d’entreprise opposer compétitivité et protection de l’environnement, ajoute Christian Brodhag, Président du Pôle Eco-conception et management du cycle de vie. Du coup, nous avons décidé de mener une étude auprès de 120 entreprises françaises, européennes et québécoises, pour mesurer l’impact de l’éco-conception dans le processus de fabrication d’un produit. Et le résultat est surprenant », s’enthousiasme-t-il. 96 % des entreprises qui se sont engagés dans cette voie ont révélé que l’effet sur leur profit a un impact nul ou positif, dont 45 % ne le jugent que positif. Autre enseignement : plus la taille de l’entre­prise est petite, plus elle a de chan­ce de rentabiliser ses activités, d’ailleurs, la marge bénéficiaire des objets éco-conçus est supérieur de 12 % en moyenne par rapport aux objets fabriqués de manière linéaire, en ayant recours à des matières premières issues de l’extraction. Enfin, près de 86 % des entreprises interrogées ont noté que l’engagement dans un processus d’éco-conception a des retombées positives pour ces dernières. « Nous le voyons quasiment tous les jours, il y a une forte demande de la part des consommateurs. Ils sont de plus en plus attentifs à la fabrication de leur produit. C’est un moteur formidable pour l’éco-conception mais il faut que ce dernier soit encore développé pour aller encore plus loin », précise Christian Brodhag.
 
Un double effet économique

Si la rentabilité de l’éco-conception reste un sujet délicat auprès des chefs d’entreprise, elle demeure un levier exceptionnel pour l’emploi. « Ne nous cachons pas la face, l’éco-conception est rentable mais elle peut coûter cher en main-d’œuvre », explique Nordine Boudjelida, Directeur général de l’Ademe Rhône-Alpes. « Cela étant dit, elle peut être une solution pour réduire le chômage également », sourit-il. Pour mille tonnes de déchets collectés par une agglomération en incinération et en stockage il faut un salarié. En revanche en économie circulaire pour le même tonnage de déchets collectés il faut entre 25 et 50 employés pour trier et recycler les objets usagers. Outre ce coût de main-d’œuvre à double effet, positif pour l’emploi, négatif pour le coût de production, l’éco-conception peut avoir un revers économique néfaste si les pays occidentaux ne s’y engagent pas résolument. D’une part en raison des risques environnementaux qui peuvent peser de manière irréversible sur notre environnement, avec des conséquences parfois graves pour la santé, liées au gaz, ou produits toxiques utilisés dans la production. Ces risques ont forcément un coût financier.  D’autre part, ces conséquences peuvent engendrer un déficit de compétitivité à long terme. « Il s’agit d’une révolution qu’il ne faut manquer sous aucun prétexte, car face à nous, nous avons des pays émergents sans passé industriel et qui n’ont pas à endurer la reconversion, la transition entre l’économie linéaire et l’économie circulaire », précise Gilbert Delahaye, membre de la Chambre de Commerce et  d’Industrie de Saint-Etienne Montbrison. Si rien n’est fait, ces pays vont rapidement nous dé­passer et donc acquérir une compétence plus forte, ce qui à terme pourrait représenter un danger car leurs produits éco-conçus pourraient bien devenir plus compétitifs que les nôtres tout en respectant l’environnement. « Et il ne faut surtout pas ou­blier l’impact sur l’environnement qui lui aussi se traduira par un coût économique prohibitif, ajoute Gilbert Delahaye. Qui voudra à terme vivre ou produire dans un environnement très pollué ? Personne ! Dans un scénario un peu noir, nous pourrions même imaginer que des zones pourraient même être désertées ou estampillées du sceau de la pollution. Un label anti-marketing !!!  L’éco-conception est donc le marché de la valeur ajoutée à long terme et non celui du bas coût », conclut-il.

Renaud Parquet